La notion de peuple
Le peuple se tient au carrefour de plusieurs déterminations sur lesquelles s’est exercée l'action de la culture et qui se sont harmonisées. Sa définition est donc cumulative et sélective parce qu’il conserve et innove. Fondé originellement sur des traits ethnographiques et linguistiques, le peuple se définit aussi par un capital historique, social et territorial qu’on ne peut réduire à une seule de ces dimensions. Il constitue un groupe humain naturel caractérisé, qui reconnaît son unité en concevant sa culture commune spécifique, le vivre. Soumis à bien des distorsions sémantiques, les mots nation, nationalité, et peuple recouvrent au fond une même réalité à différents degrés de réalisation et d'organisation.

2. Peuples du Septentrion
Les peuples du Septentrion ou subboréens - « sous Borée » (le Nord ou le vent du Nord) - sont définissables par leurs cultures et leur ethnogenèse, qui les mettent en relation, eux et leurs lointains ancêtres, avec les régions au nord du monde habité, souvent depuis des millénaires . Les États qui les englobent à ce jour rassemblent aussi d'autres groupes humains qui ont des traditions d'origines différentes. Nous n'avons donc guère tenu compte des appartenances étatiques, trop souvent sujettes à l'arbitraire et aux changements.
L'aire subboréenne, qui est ici étudiée, est proprement l'Anneau du Septentrion (an Arzhwalenn en breton). Elle comprend trois horizons :
Europa, l'Europe,
Sibérie,
l'Amérique septentrionale, ou Erytheia boreia (antique désignation grecque de la « Région teinte de rouge », c'est-à-dire du côté du couchant)
Le mot symbole vient du grec súmbolon, « signe de reconnaissance par correspondance ».
3. Signes et symboles
Un symbole est le plus souvent un objet (ou fragment d’objet), une image, ou un signe qui renvoie, par delà son interprétation littérale, à une réalité, telle qu'une institution, une personne ou un groupe, une qualité, une notion, une fonction, etc., suivant un principe de correspondance : la partie pour le tout, ou bien une analogie de forme, une fonction naturelle (le coeur siège des sentiments) ou sociale, un usage conventionnel (comme celui de la signalisation routière ou maritime), Les circonstances d'où est né un symbole sont souvent oubliées, le signe demeure et représente la réalité initiale.
Pour le sujet abordé ici, les signes sont apparus à la faveur de circonstances historiques (image d'une forteresse, couleurs d'un drapeau, objet chargé de pouvoirs). Certains sont des dessins utilisés depuis très longtemps (croix de Brigid irlandaise). D'autres évoquent un mythe fondateur (l'étoile de l'Italie). On y trouve aussi l'animal protecteur et la fleur emblème (Angleterre, Wallonie). Les flèches des Pays-Bas viennent d'une allégorie. Les motifs de la broderie traditionnelle sont intimement liés au caractère national, notamment en Europe de l'Est.
Tous ces signes ne sont pas contemporains. Certains reposent sur des images traditionnelles héritées d'un lointain passé (le trident des Grecs), d'autres ont été réinterprétées (la croix de Saint-André médiévale). Certains ne sont pas datables car associés immémorialement à la vie du peuple et de son écosystème (oies migratrices des peuples nord-sibériens, soleils, étoiles, arbres). L’activité symbolique s’exerce dans le cadre d’une tradition cohérente (la signification varie d'une grande aire de civilisation à une autre). Cette tradition, « ce qui est transmis et actualisé à chaque génération », donne aux signes leur pleine signification. Les peuples associent spontanément les signes de leur culture à leurs activités artistiques, à leurs revendications sociales, à leurs réalisations collectives.
Chaque peuple peut être représenté par un graphe symbolique. Il s’agit d’un petit signe construit sur des formes géométriques simples, aisément reproductible et justifié par une tradition indéniable, même quand sa conception innove en actualisant des motifs anciens. À la différence des armoiries qui sont parfois complexes ou des drapeaux qui se distinguent par leurs couleurs, les ethnogrammes supportent aussi bien le tracé en une seule couleur que la polychromie. Leur usage est recommandé pour les badges, la gravure et la signalétique moderne. Pour les construire nous avons fait appel aux traditions historiques, aux arts graphiques populaires : broderie, gravure sur bois, à l'usage qui les a consacrés.
Chaque grande aire géo-culturelle a sa marque propre, et ses couleurs, plus ou moins consacrées par l’usage et, surtout, la conscience de civilisation.
Par exemple : à l’Asie le yin-yang ; à l'aire altaïque le proto-tamga supratribal (A. E. Rogozhinsky et D. V. Cheremisin, Archaeology, Ethnology and Anthropology of Eurasia, 47/2, 2019, pp. 48-59, fig. 6) ; au monde hamito-sémitique l’étoile et le croissant ; à l’Afrique noire la lance et la houe.
4. Signes des horizons subboréens
Le symbole commun aux trois horizons subboréens est le signe du pôle, l'étoile Polaire et la petite Ourse dans sa position céleste à l'équinoxe vernal (repère équivalent dans la vexillologie des pays de l’hémisphère Nord à la Croix du Sud pour ceux des antipodes).
Leurs symboles respectifs sont :
pour l'Europe, l'arbre des mondes (explicité ci-après);
pour Sibérie, l'oie sauvage, les bois de renne et le cristal de neige ;
pour l'Amérique septentrionale, l'image amérindienne de Vénus et les flèches.
Les trois horizons de l'Anneau septentrional sont associés au Levant, au Midi (point de culmination du Soleil) et au Couchant, suivant les conceptions antiques inscrites dans la langue et les mythes.
La couleur du Levant est celle de l'Aurore, l'orangé ;
le Midi est associé au bleu céleste ;
le Couchant, Erytheia, a la couleur symbolique rouge sombre.
Pour les régions du Pôle, l'alternance du nocturne et du diurne implique les deux valeurs fondamentales du noir et du blanc.
